André Rolland de Renéville 



Les rapports que nouent expérience poétique et expérience mystique ont été au cœur des réflexions d'André Rolland de Renéville (1903-1962). Dans cet ouvrage inédit, Renéville étudie particulièrement l'influence de Swedenborg, Claude de Saint-Martin, ou la Kabbale sur des poètes et des écrivains tels Nerval, Baudelaire, Poe, Goethe, Balzac.

Fruit d'une ample érudition, cet ouvrage élaboré au fil des ans, sans cesse remanié, ne limite pas son propos aux textes occidentaux. Les études sur les Mystères grecs, Le livre des morts tibétains, ou la Brhad-aranyaka upanishad prolongent la tentative du Grand Jeu d'explorer conjointement les voies de la pensée orientale et de l'expérience poétique.

Édition, présentation et annotation de Patrick Krémer.
Le bois d'Orion, 1997.

André Rolland de Renéville naît en 1903 à Tours. Il publie un premier recueil de poésie, et devient bientôt l'une des figures essentielles du Grand Jeu, aux côtés de René Daumal et de Roger Gilbert-Lecomte. En 1929, Renéville publie un ouvrage remarqué : Rimbaud le voyant.

Après la disparition du Grand Jeu, il collabore à de nombreuses revues, dont la Nrf, et anime Les Cahiers d'Hermès. L'expérience poétique paraît en 1938, Univers de la parole en 1944. Il meurt le 23 août 1962 au cours d'un voyage en Grèce.

Revue de presse

Monique Dorsel : « Un grand livre aux éditions Le Bois d'Orion » Le Mensuel littéraire et poétique, septembre 1997

En publiant ce volume inédit, Sciences maudites & Poètes maudits d'André Rolland de Renéville, les éditions Le bois d'Orion rendent hommage à l'écrivain maudit qu'est André Rolland de Renéville. Il faut rendre grâce à Patrick Krémer de s'être engagé à défendre cette œuvre méconnue qui occupe une place si essentielle dans l'aventure du Grand Jeu. Rolland de Renéville y fut aux côtés de René Daumal et de Roger Gilbert-Lecomte, l'une des têtes pensantes. Grand ami de Michaux, de Cioran, Éliade, Ionesco, il ne cessera d'interroger l'expérience poétique, l'expérience mystique ; ses lectures chargées de cette quête porteront aussi bien sur la poésie tibétaine que sur Swedenborg, Breton, Poe.

Dominique Rabourdin : Infosurr n°22, mai 1998

Présentés et annotés (fort bien) par Patrick Krémer, Sciences maudites et poètes maudits réunit dix études d'André Rolland de Renéville, précédemment publiées dans des revues comme les Cahiers d'Hermès, Hermès ou la NRF, ou comme préfaces (à Louis Lambert de Balzac, à L'Histoire merveilleuse de Peter Schlemil de Chamisso) ou encore entièrement inédites. Patrick Krémer nous rappelle le rôle capital joué par l'auteur de Rimbaud le voyant aux côtés de René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte dans le "Grand Jeu", et les liens qui l'unirent à Jean Paulhan et Henri Michaux. Rolland de Renéville travaille sur Swedenborg, Claude de Saint-Martin, Nerval, Baudelaire, sur le Livre des morts tibétains. "Situation d'André Breton" (écrit après sa lecture d'Arcane 17, vraisemblablement pour les Cahiers d'Hermès, qui s'arrêtent malheureusement après deux numéros) témoigne d'une compréhension profonde de l'auteur de l'Amour fou, de sa conception de la poésie et de ses rapports avec l'ésotérisme.

Alain Virmaux : Europe n°822, octobre 1997

À défaut d'être lui-même un poète maudit, Renéville (1903-0962) est-il un écrivain maudit ? C'est la question que pose, en ouverture de sa préface, l'éditeur du présent recueil, Patrick Krémer. À première vue, l'étiquette pourra paraître légèrement outrée. Renéville fait aujourd'hui figure d'écrivain délaissé, oublié, injustement négligé sans doute par la postérité, plutôt que de véritable "maudit". Pourtant la thèse de Krémer ne manque pas de cohérence. Il relève d'abord que Renéville, tout comme Nerval ou Baudelaire, s'est constamment référé aux sciences dites "parallèles". Il souligne ensuite que sa place dans l'histoire des idées et son rôle majeur dans l'aventure du Grand Jeu ont été presque toujours occultés par commentateurs et historiens. D'où l'urgence de réagir vivement contre cette relégation inique.
La préface de Patrick Krémer prend ainsi l'allure d'un vigoureux plaidoyer en défense pour l'auteur de Rimbaud le Voyant. Plaidoyer d'une fougue quasi juvénile : « il faut hurler au scandale », nous dit-on. Cette fièvre de réhabilitation entraîne le préfacier à quelque peu malmener ceux — Fondane, Delons, Etiemble — qui se sont un jour ou l'autre opposés à Renéville. Au demeurant, l'entreprise inspire la sympathie : Renéville méritait sûrement mieux que l'image de "fossoyeur" du Grand Jeu qu'on lui a hâtivement accolée. Réputation très liée à un souci de respectabilité — il était magistrat — et à une prudence qui le firent se tenir soigneusement à l'écart du politique et des conflits du siècle. On qualifia même sa conduite de "lâcheté" : terme d'autant plus frappant qu'employé par deux hommes, René Daumal et Michel Leiris, qui nourrissaient par ailleurs la plus vive estime pour Renéville. Faut-il alors en revenir à la césure éculée entre l'écrivain et l'homme ? Patrick Krémer s'emploie avec brio à combler le hiatus, et sa démonstration emporte souvent l'adhésion.
Renéville a beaucoup écrit, et relativement peu publié. Il remaniait sans trêve ses pages, et quelques-uns de ses projets sont ainsi restés en chantier. Tel est le cas du présent ouvrage « qu'il envisagea de longue date sans jamais pouvoir le mener à bien», selon Patrick Krémer. Il rassemble une quinzaine de textes, dont plusieurs étaient parus en revues, ou sous forme de préfaces, entre 1932 et 1948. Celui qui donne son titre au livre — "Sciences maudites et poètes maudits" — avait été publié en 1947 dans Les Cahiers d'Hermès. Quelques textes sont entièrement inédits et, comme Renéville ne datait jamais ses manuscrits, on éprouve parfois quelques difficultés à les situer. Du moins le texte "Situation d'André Breton" peut il être replacé en 1948, ou peu après, puisqu'il prend appui sur Arcane 17, en indiquant que sa parution était intervenue « récemment ». Les autres fragments étudient l'influence de Swedenborg, de Claude de Saint-Martin ou de la Kabbale sur Goethe, Chamisso, Balzac, Poe, Baudelaire, Nerval. L'axe majeur du recueil, on le voit, est constitué par les interférences entre l'expérience mystique et l'Expérience poétique (titre d'un des principaux ouvrages de Renéville, 1938). Il faut souhaiter que le présent recueil aide à restituer sa vraie place à un écrivain sinon "maudit", du moins assurément méjugé.

Marc Blanchet : « Essayiste maudit » Le Matricule des Anges n°21, novembre-décembre 1997.

En littérature, certaines redécouvertes tiennent plutôt d'exhumations. Né au début du siècle à Tours, décédé en 1962, André Rolland de Renéville est oublié aujourd'hui. Il fut pourtant une des figures essentielles de la revue Le Grand Jeu animée par René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte. En 1929, son ouvrage Rimbaud le voyant annonce déjà une compréhension saisissante de l'univers rimbaldien. Si André Rolland de Renéville a écrit plusieurs recueils de poésie, c'est l'essayiste que les éditions Le Bois d'Orion nous proposent d'apprécier ici à travers une série de textes regroupés sous le titre Sciences maudites & Poètes maudits.
La plupart de ceux-ci sont inédits, les autres furent publiés entre autres à partir des années trente dans la NRF et dans la revue animée par André Rolland de Renéville : Les Cahiers d'Hermès.
L'ouvrage se divise en trois parties, liant toujours expérience poétique et expérience mystique : d'abord un premier volet portant le titre de l'ouvrage, un deuxième consacré à Louis Lambert de Balzac, Edgar Poe, Goethe, Chamisso, André Breton et deux textes essentiels sur les rapports entre poésie, absolu et occultisme. Enfin, une troisième partie s'intéresse notamment à la Grèce et ses mystères, à la légende de Gilgamesh et aux livres de la civilisation tibétaine.
Rien de fastidieux ni de dogmatique : tout s'y avère d'une lumière autant spirituelle que charnelle. Nourri d'alchimie et d'ésotérisme, de Renéville rappelle à quel point la poésie du second romantisme français a puisé dans les œuvres et les parcours occultes du martinisme (Martinez de Pasqually), de Swedenborg et d'Hoéné Wronski.
La grande surprise de cet ouvrage vient certes de ces "rappels" mais aussi de la pensée si revigorante de de Renéville qui parcourt chaque texte : « La Poésie doit être l'homme total. Son rôle est de développer notre conscience sur tous les plans de l'univers, et de nous en permettre par là-même l'identification. Il semble du moins que tel soit l'enseignement des anciens sages qui, loin de cultiver nos méthodes de division du travail, ne concevaient pas qu'une oeuvre puisse être érigée sans que le corps y participe par la danse, ou par le souffle, le coeur par l'intuition des rapports qui le relient à l'univers, dont toutes les coordonnées aboutissent à son centre de force, l'esprit par la majesté de ses conceptions qui ne sont que les masques des Idées-Mères. »
Il ne faut pas lire ce livre comme une conception datée ou originale de la poésie mais bien comme une lecture et un déchiffrement d'oeuvres d'artistes qui consciemment ou inconsciemment ont reproduit, renouvelé, voir redynamisé des philosophies ou des pensées anciennes sinon antiques : « Ce qu'on a nommé le mouvement symboliste n'est sans doute que l'épanouissement de tout ce que le romantisme français contenait de philosophie secrète et mystique. Le romantisme allemant, dès la fin du XVIIIe siècle, élaborait une représentation idéaliste et magique de l'univers, particulièrement exprimée par Novalis, où tout aspect du monde sensible n'était plus que symbole et signe d'une Idée à laquelle son aspect se trouvait lié par la foi de l'analogie. »
Signalons enfin le travail critique du préfacier Patrick Krémer qui, par ses annotations ou informations, ne laisse aucun flou sur les ouvrages cités par l'auteur, souvent épuisés aujourd'hui.

Liliane Lazar : The French Review, New York, février 2001

Patrick Kremer begins this edition of Renéville's work by pointing out the critic's unenviable link with his subject matter. Renéville is "un écrivain maudit", in part due to his close alliance with the parallel sciences : astrology, occultism, and esotericism. Although Renéville was an integral member of the Grand Jeu, along with René Daumal and Roger Gilbert-Lecomte, he was consistently overshadowed by his two colleagues. Interestingly enough, Renéville's first published collection was entitled De l'adieu à l'oubli. Sciences maudites et poètes maudits reinstates Reneville as a literary critic and a man of reflection.
This collection of essays begins with a rapid examination of the writings of Martinez de Pasqually, Emmanuel Swedenborg, and Hoéné Wronski. Renéville emphasizes the belief in the Law of the Universal Analogy. If human creation is a priori flawed, it is possible to move closer to Divine Existence through the act of creation. All poets are necessarily "maudits". The poems, however, give voice to the edenic state before the Fall, providing a reality where the visible world is merely an impermanent image. Although these three philosophers differ in certain respects, each supports the efforts to understand the mysteries of nature through science. This effort coincides with the poet's attempt to create understanding through the written word.
The second section of Renéville's book addresses specific writers. The author examines Balzac's theory of mystical symbolism in the first essay, "Les Thèmes de Louis Lambert". The second essay, "Une source d'Edgar Poe", explores Poe's notion that human beings contain the structure of the universe within themselves. This leads to absolute unity where tiny bits of the divine power are distributed to each person. This grandiose conception of poetry as mystical expression serves the foundation for the French symbolist movement. "Goethe and le tourment de l'infini" follows with an acknowledgement of human mortality. Renéville emphasizes Goethe's use of the sea as the universal matrix. Eternal beauty defies description, forcing Goethe into silence as he attempts to integrate his spirit and his limitations. Faust's grandest laments spring directly from this integration. "Chamisso et le symbolisme traditionnel" explores the experiences of a writer torn by his attempt to maintain dual allegiance to two countries. Chamisso examines temptation and alchemy throughout his writing.
In the next text two essays, Renéville analyzes the notion of the void as the ultimate expression of Absolute Reality. In both "La Poésie et le tourment de l'Absolu" and "La Poésie et l'occultisme", Renéville cites Mallarmé as an example of a poet obsessed with the void. Mallarmé's spiral embraces the notion that it is impossible to separate humanity from nature. Finally, this section concludes with an essay on André Breton, "Situation d'André Breton". Poetry was originally perceived as a means of expression rather than an instrument of dicovery. Renéville aptly illustrates how Breton championed the incantatory power of words.
This collection concludes with examinations of "La Civilisation grecque et les Mystères", "La Pensée primitive et la légende de Gilgamesh", "Le Livre des morts tibétain", "Poésie tibétaine : le dict de Padma", and "La Brhad-aranyaka upanisad". Renéville's ability to narrow the gaps between Eastern and Western philosophies culminates in a synthesis of humanity and Nature and science and religion. Renéville succeeds in presenting a unique literary perpective. Thanks to Krémer's attention to details, Renéville's innovative approach to literature is once again available to all.




Les premiers lecteurs qui découvrirent en 1929 le présent essai d'André Rolland de Renéville éprouvèrent une sorte de stupeur à réaliser que les poèmes d'Arthur Rimbaud étaient peut-être l'expression d'un système de pensée cohérent basé sur une vision initiatique de l'acte poétique. À l'heure où les spéculations sur la portée de l'œuvre rimbaldienne continuent de s'intensifier, il nous a paru indispensable de redonner la parole à André Rolland de Renéville, à ce théoricien visionnaire délibérément maintenu dans l'oubli par la critique universitaire, et injustement sous-estimé jusqu'ici dans l'aventure du « Grand Jeu » fondé par René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte. En apportant une contribution décisive à la question de l'avenir littéraire, la lecture de cet essai lumineux s'affirme aujourd'hui comme l'une des meilleures clés d'accès au mystère Rimbaud.

Nouvelle édition intégrale établie et annotée par Patrick Krémer. Le Grand Souffle, 2003.

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