N°2, automne 1995
Francis Giauque
(épuisé)

Je voudrais que ma mort creuse une petite ravine tout au fond de ton âme, une petite ravine où j'aurais encore ma place après des années de silence.
Le 13 mai 1965, Francis Giauque, après de longues années de souffrance, d'incapacité à vivre sous la chape d'angoisse qui l'avait un jour recouvert, choisissait de sortir par la porte royale de la Mort : il avait trente et un ans. Depuis ce jour, le poète suisse, trop hâtivement rabaissé au rang de modeste épigone d'Antonin Artaud, n'a cessé, en dépit des efforts méritoires de quelques-uns, de hanter le purgatoire des Lettres.
Trente ans ont passé, et la voix, le cri de Giauque n'a rien perdu de sa virulence : il est toujours là, pour peu que l'on veuille l'entendre. En France, pourtant, l'œuvre, mince mais dense et singulière, de l'auteur du Journal d'enfer est depuis quelques années introuvable, sinon dans les bacs de quelques rares bouquinistes. À l'heure où tant de pages insipides sont imprimées, il paraît impensable que ceci se fasse au détriment d'une parole aussi forte que celle de Francis Giauque. Courant d'Ombres, après d'autres (Mai hors saison en 1974, Jungle en 1985, et la belle édition du Journal d'enfer par Jean-Pierre Begot en 1978), se devait de réparer, avec ses moyens, cette injustice.
L'ambition était double : rappeler, par le témoignage de ceux qui furent ses proches et l'accompagnèrent dans son calvaire sans toutefois parvenir à l'en sortir, l'homme qui parcourut le Labyrinthe du désespoir ; montrer, études à l'appui, combien, pour admirative qu'elle soit de celle d'Artaud, son œuvre s'en écarte par bien des côtés ; et, par un large choix de textes, rendre au public français la chance d'entendre à nouveau ce cri que rien ne peut, ne doit étouffer. Une lettre inédite ponctuera ce dossier qui s'ouvre sur des perspectives d'avenir avec le projet d'une prochaine édition des Œuvres complètes que Courant d'Ombres appelle de ses vœux.
DOSSIER
- Hughes Richard : Francis Giauque, mon ami
- Pascal Ruga : Le dialogue rompu
- Denis Bubloz : Giauque vers la fin des années 50
- Georges Haldas : Une énigme meurtrière
- Patrick Krémer : Giauque, le visage du démon
- Gabriel Boillat : Écriture et normalité
- Alain & Odette Virmaux : L'inéluctable référence à Artaud
- René Pons : Une malédiction annoncée
- Jean-Pierre Begot : L'arme absolue
- Christian Estèbe : Giauque, soufre noir
- Hommage à Marie Balvet
- Entretien avec Maurice Born, directeur des éditions Canevas
- Francis Giauque : Lettre inédite à Hughes Richard
- Itinéraire bio-bibliographique
- Bibliographie
PAGES DE CRÉATION
- Christian Emery : L'homme immobile
- Diego Petersen : Ce qu'on a laissé derrière soi
- Notes de lecture